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  • Solène

"Sur la route" : à la poursuite de la liberté

Dernière mise à jour : 20 janv. 2021

Bonjour les chats !


Si comme moi vous avez la bougeotte et que vous êtes en manque de nouveaux horizons en ce moment, compte tenu de la situation mondiale actuelle, je vous propose alors un petit moment d’évasion… ou peut-être pas en fait.


Le livre dont j’aimerais vous parler aujourd’hui est un peu un monument de la littérature américaine du siècle dernier. Il s’agit de Sur la route de Jack Kerouac. Et autant vous dire que mon avis sur ce livre est toujours mitigé…


Mais je ne veux pas vous faire peur ! Voyons d’un peu plus près de quoi ça parle !

Tout d’abord, ne vous attendez pas à un grand et palpitant récit de voyages. Vous allez certes arpenter les États-Unis en long, en large et en travers. Mais vous n’allez pas voir de magnifiques paysages, ni visiter des endroits mémorables. Non, vous allez suivre deux personnages atypiques, Sal Paradise (incarnation de l’auteur lui-même) et Dean Moriarty. Deux électrons libres très loin d’être des modèles de moralité qui n’ont que faire de la beauté de la côte californienne, du désert du Nevada, des paysage semi-désertiques à perte de vue de l’Arizona ou des montagnes escarpées du Colorado…

Car ici on ne parle pas d’un road trip touristique pour s’évader, mais d’un road trip humain pour survivre.


Si Sal et Dean sont constamment « sur la route », ce n’est pas du tout lié à une volonté de visiter le grand et magnifique pays dans lequel ils sont nés. C’est plutôt leur manière à eux d’échapper à la société, à ses conventions et à ses contraintes qu’ils rejettent en bloc. Nos deux anti-héros comptent bien mener leur vie comme ils l’entendent, et personne ne pourra les en empêcher. Ils vivent donc une vie marginale pour se défaire de ce carcan sociétal, exprimer leur révolte face à ce « système » et cette vie idéaliste toute tracée que la société américaine (et de manière plus générale, la société occidentale) des années 1950 (et plus largement, les années après la Seconde Guerre Mondiale) impose comme un modèle de réussite à suivre absolument, une condition sine qua non pour apparaître aux yeux des autres comme quelqu’un qui a réussi sa vie, sans quoi l’on passe pour un paria excentrique.

Pour faire plus clair : avoir un travail stable, une femme, une maison, des enfants, un chien… en bref une petite routine quotidienne, respectable et bien huilée, très peu pour nos deux compères !


À travers leur vie de nomades entre deux villes, entre deux états, Sal et Dean sont les dignes représentants d’une jeunesse qui veut se trouver une autre manière de vivre sa vie en dehors du moule imposé par la société de leur époque : au jour le jour, entièrement libres et affranchis de toute contrainte, avec pour finalité d'atteindre la sensation d'un accomplissement personnel ultime.

Ne pas se soucier du lendemain, n’avoir aucune attache, ne faire que des petits boulots pour gagner quelques dollars, tant qu’on a assez pour se payer de maigres repas et remplir le réservoir !


Loin d’un carnet de voyages, ce livre est plutôt le reflet de l’état d’esprit d’une génération. Multiplier les expériences pour se sentir chaque jour un peu plus vivant, vivre tout à fond pour ne pas en perdre une miette, ne jamais s’arrêter, enchaîner les kilomètres comme si l’on cherchait désespérément à courir après la vie elle-même et atteindre un accomplissement personnel, qui pourtant ne saurait jamais être atteint… Et pour cela, la route est la meilleure école.

 
« Quelque part sur le chemin je savais qu'il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare. »
 

Dans leur vaine quête d’extase et de béatitude (ce dernier mot serait d’ailleurs l’une des significations de beatnik, courant artistique né sous la plume de Kerouac, qui était francophone de naissance), Sal et Dean vont faire de nombreuses rencontres, bonnes comme mauvaises, vivre mille aventures, pas forcément reluisantes, mais le plus important : ils vont VIVRE.


 
« Nos bagages cabossés étaient de nouveau empilés sur le trottoir ; nous avions encore bien du chemin à faire. Mais qu’importait, la route, c’est la vie. »
 

En ce qui me concerne, la lecture de ce roman m’a été un peu pénible. La faute très certainement à mon édition, écrite en petits caractères avec des lignes très serrées dans un livre tout de même assez long. Pas très motivant !


Il est vrai aussi que je m’attendais à un récit de voyage passionnant à sillonner les États-Unis à bord d’une muscle car. Une fois que j’ai compris que ce n’était pas le but du livre, je m’en suis tout de même accommodée. Malgré des personnages qui passent leur temps sur la route, avec tous les aléas que cela implique, il est vrai qu’il ne se passe pas grand-chose en fin de compte. On suit passivement leurs pérégrinations, qui sont somme toute assez banales la plupart du temps.


N'attendez donc pas de l'action de la part de ce livre ; c'est avant tout le récit d’une errance. Errance dans l’immensité des États-Unis, pour le sens propre, et errance dans la vie pour le sens figuré. Même si je n’ai pas été très passionnée par la lecture de ce roman, je comprends tout de même son intérêt. Malgré des comportements « borderline » pour lesquels il n’est pas toujours facile d’éprouver de l’empathie, j’ai tout de même compris les personnages et ressenti leur besoin de vivre libres, indépendants et affranchis de toute contrainte sociale.


Si l’on a été réceptif au livre, et malgré le manque de « rebondissements », alors on peut comprendre sa puissance, être fasciné par cette quête de liberté frénétique et quasiment mystique de nos deux compères, et même faire un bout de chemin avec eux sur la banquette arrière de leur voiture.


En revanche, si l’on n’a pas vraiment été touché, alors ce roman sera 436 pages de récit d’égarements et de débauche à la recherche d’un idéal inaccessible.


Mais ça les chatons, ce sera à vous de vous faire votre propre avis ! 😊



Solène

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