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  • Solène

"Plage de Manaccora, 16h30" : quand les vacances virent au drame


Bonjour les chatons, j’espère que vous allez bien !


Il y a un mois jour pour jour, j’ai entrepris de lire Plage de Manaccora, 16h30 de Philippe Jaenada, conjointement avec mon amie Floriane des « Livres de Flo ». Vous pouvez d’ailleurs retrouver sa critique ainsi que toute son actualité littéraire sur sa page Instagram les.livres.de.flo. Aujourd’hui, c’est à mon tour de poster ma critique !


Resituons un peu les choses : Voltaire, sa femme Oum et leur fils Géo, passent des vacances paisibles dans un petit coin de paradis, quelque part dans les Pouilles italiennes. Mais un après-midi, alors qu’ils se dirigent vers la plage, ils vont se retrouver piégés, eux et tous les autres vacanciers du coin, au milieu d’un gigantesque incendie de forêt. Alors qu’ils sont éculés au bord de la mer par le brasier, sans échappatoire ni grandes chances de survie, Voltaire se remémore des épisodes de sa vie.



L’histoire est racontée par Voltaire, à travers ses yeux, avec ses émotions. À peine ma lecture entamée, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dedans ; Voltaire parle, et se parle à lui-même, ce qui, à l’écrit, se traduit par une parenthèse dans une parenthèse dans une parenthèse. Voilà le style Jaenada. On n’adhère ou on n’adhère pas, donc, à ce style oral retranscrit à l’écrit. Si les apartés avec lui-même du narrateur ont été trop présents et un peu trop brouillons à mon goût au début du roman, ils se sont espacés ou tout du moins sont devenus plus compréhensibles au fil des pages.

Néanmoins, même si ces multiples parenthèses peuvent freiner la fluidité de lecture, elles représentent bien (selon moi) les pensées inopinées qui peuvent surgirent dans notre esprit lorsque nous réfléchissons ou que nous nous parlons à nous-mêmes, et qui nous entraînent souvent dans de lointaines digressions.


Au fur et à mesure que le feu gagne du terrain et que les vacanciers tentent de lui échapper, Voltaire se remémore des moments marquants de sa vie, des souvenirs que fait ressurgir cet événement effroyable. De manière générale, un chapitre correspond à un souvenir. Malgré la tragédie évidente qui est en train de se dérouler, le roman ne fait pas dans le mélodramatique ; au contraire, le narrateur fait preuve d’un humour farouche et arrive à nous faire mourir de rire (sans mauvais jeux de mots) avec ses souvenirs plus rocambolesques les uns que les autres, malgré la situation terrible qui est en train de se jouer en arrière-plan.


La grande force de cet ouvrage (et de tous ceux de cet auteur, d’après les dires d’autres lecteurs), c’est donc l’humour. Celui que Jaenada distille tout au long de son roman dans la bouche de son personnage principal est incroyablement bien dosé : tour à tour hilarant, absurde, piquant. Qui n’a jamais donné de surnoms peu flatteurs aux gens qu’il croise en vacances ? Mais le narrateur pratique également l’auto-dérision à merveille, et, au-delà de l'humour, se livre souvent à des réflexions plus profondes.


« J'ai bizarrement du mal à admettre qu'on ne puisse pas être conscient du futur, comme du passé. Il m'arrive de fixer un arbre dans ma rue, mon ordinateur ou un toit par la fenêtre, en pensant que c'est peut-être la dernière chose que je verrais avant de mourir, et que je ne le sais pas encore. J'essaie de devenir, on ne peut rien faire d'autre. »

Ce qui m’a également beaucoup plu dans ce roman, c’est l’humanité totalement décomplexée qui s’en dégage. Voltaire, la quarantaine passée, père accro aux cigarettes et mari bedonnant allergique à l’exercice physique, n’est pas parfait, et encore moins un héros. Il n’a pas honte d’avouer qu’il préférerait laisser crever la mamie à la traine plutôt que son fils et sa femme. Réaction tout à fait humaine et réaliste, dans un moment où la plupart des gens essayeraient sans doute de sauver leur peau en premier aussi. Pourtant, face au danger, dans ces moments où l’on peut vite perdre pied, il va tenter de faire de son mieux pour protéger et sauver sa famille, ce que j'ai trouvé touchant.


Le seul bémol que j’accorderais à ce livre, c’est que dès le départ et à plusieurs reprises, Voltaire dit « deux jours plus tard », « un an plus tard », etc., ce qui ne nous laisse pas beaucoup de doutes quant à l’issue de cette journée infernale, et nous indique qu’au moins Voltaire a survécu à l’incendie. Même en sachant cela, la plume de Jaenada m’a vraiment tenue en haleine jusqu’à la fin et m’a fait avoir peur pour la petite famille, mais j’aurais tout de même préféré de pas avoir d’indice du tout sur l’issue de tout cela.



En définitive, malgré un début un peu difficile, j’ai beaucoup aimé le style de Philippe Jaenada. L’humour décapant parfaitement maîtrisé, les comportements humains et authentiques des personnages m’ont fait grandement apprécier ce roman que j’avais gagné, qui dormait dans ma bibliothèque et dont je n’attendais pas forcément grand-chose. À voir si la même magie opère sur moi avec d’autres romans de Philippe Jaenada !



Solène

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