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  • Solène

"Les touristes du désastre" : une virée dans les coulisses du tourisme macabre

안녕하세요* les chatons !


Pour cette nouvelle critique, nous allons parler d’un livre qui nous a été envoyé par les éditions La Croisée suite à sa parution au début du mois d’octobre : Les touristes du désastre, de l’autrice sud-coréenne Yun Ko-Eun.

Celui-ci est sorti dans sa version originale en 2013 mais a été traduit récemment en français puis publié aux éditions La Croisée cette année. Il s’agit du premier roman de l’autrice traduit en France.


Pour le synopsis, voici ce que dit la quatrième de couverture :


« Yona travaille chez Jungle, agence de voyage coréenne spécialisée dans le tourisme macabre, dit ‘tourisme noir’. Elle conçoit des circuits touristiques dans des destinations marquées par la mort et les désastres écologiques. Harcelée par son chef, Yona veut quitter l’entreprise. Mais Jungle l’envoie pour une dernière mission sur l’île de Mui, lieu ravagé où subsiste une étrange population… »


 

Dès le début, j’ai eu du mal à rentrer dans le texte. Je n’ai ressenti aucune émotion dans le style de l’autrice, l’écriture est très plate. Est-ce dû à la traduction en français…? Les phrases sont courtes, abruptes, et n’ont pas vraiment de lien entre elles. On passe du coq à l’âne, comme on dit, on enchaîne sur autre chose avant que l’idée précédente n’ait été vraiment développée, ce qui rend le fil de l’histoire un peu difficile à suivre.

Le milieu du livre est un peu plus intéressant, à partir du moment où Yona part faire le voyage imposé par son entreprise. En parlant de l’héroïne, je n’ai ressenti aucune empathie pour elle. Je l’ai trouvée insipide et sans relief. Ni bonne, ni mauvaise, juste plate. Comme je ne suis pas rentrée dans l’histoire à cause du style d’écriture, Yona m’en a semblé d’autant plus lointaine et distante de moi, lectrice. Durant ma lecture, je n’ai pas créé d’attache sentimentale avec elle et ce qui pouvait lui arriver m’était bien égal.

Après un milieu de roman un peu plus distrayant, hélas le dernier tiers du livre ne m’a pas plus conquise que le début, et la "résolution" ne m’a pas franchement satisfaite non plus. J’ai eu l’impression qu’il fallait tout le temps lire entre les lignes, voire décoder. De ce fait, beaucoup de choses semblaient survolées et d’autres ne m’ont pas paru claires, me laissant dans la confusion sur certains points.


Heureusement, je tire tout de même des points positifs de cette lecture ! J’ai noté de petites pointes d’humour appréciables et certains passages cocasses m’ont fait sourire. Je suis obligée de dévoiler quelques éléments de l’intrigue pour parler un peu plus en profondeur de ce qui m’a plu. Aussi je vous invite à ne pas lire l’encadré ci-dessous si vous n’avez pas encore lu ce livre !


 

!!! ATTENTION SPOILERS !!!


J’ai beaucoup aimé l’enchaînement de mésaventures de Yona et le pétrin dans lequel elle s’est fourrée malgré elle. C’est le seul moment où j’ai eu de la compassion pour elle ; en effet, il est effrayant de constater à quel point on peut très simplement se retrouver coincé dans un pays étranger et comment tout peut aller très vite (perte de son passeport, plus de téléphone, lieu inconnu et isolé, barrière de la langue, pas de contact sur place, etc.) Sur ce point, l’autrice a vraiment bien cerné et retranscrit ce genre de situation angoissante.


Même si je n’ai pas compris grand-chose à l'histoire du scénario, j’ai apprécié le fait qu’une vraie catastrophe naturelle ait lieu le même jour que la mise en scène, et les situations tragi-comiques que cela a entraîné.

Le dernier chapitre m’a aussi beaucoup plu ; Yona, après avoir passé une bonne partie de sa vie à concevoir des circuits touristiques macabres, devient malgré elle la vedette de son dernier programme après sa mort, happée et détruite par sa propre création (et par extension par l’entreprise qui commençait à la détruire à petits feux et pour laquelle elle s’est donnée corps et âme pendant dix ans). J’apprécie ce genre d’ironie du sort.

 

Pour conclure, ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais quand j’ai lu la quatrième de couverture. Ayant fait ma troisième année de Licence dans le tourisme, j’étais assez excitée et curieuse de lire quelque chose sur le tourisme macabre (ou dark tourism) qui est un sujet qui m’intéresse beaucoup ! Malheureusement j’ai trouvé ce thème bien trop peu exploré

Je pense que le message que l’autrice a voulu faire passer est intéressant, mais hélas mal amené, pas assez développé et sous une forme qui manque un peu de substance.


Globalement, j’ai trouvé l’histoire (ou en tout cas la manière dont elle nous est présentée) confuse, à cause du style d’écriture trop elliptique qui casse la cohérence de la narration. Le livre n’est pas très long, il se lit vite ; malgré cela, je reste sur ma faim car j’ai l’impression d’avoir fait un voyage express. En effet, la temporalité est confuse elle aussi. Par exemple, j’ai trouvé le séjour de Yona sur l’île de Mui mal rythmé ; d’une ligne à la suivante l’intrigue fait un bond de trois semaines sans plus d’explications, et à l’inverse une seule journée peut s’étaler sur plusieurs pages, sans qu’il n’y ait vraiment d’intérêt à cela.


Vous l’aurez compris, je n’ai pas vraiment été sensible ni réceptive à ce livre qui manquait un peu de profondeur et de développement à mon goût. Mais il y a de bonnes idées et une bonne intention derrière, et je laisse chacun.e se faire sa propre opinion !


Je remercie grandement les éditions La Croisée pour leur confiance et de nous avoir envoyé cet ouvrage. 😊

Quant à nous, on se retrouve très prochainement pour une nouvelle critique !


 

* = « bonjour » en coréen


Solène



Crédits photo : ©Solène/Trois Chats Pitres

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