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  • Solène

"Le Portrait de Dorian Gray" : entre beauté et décadence

Dernière mise à jour : 14 oct. 2020

Bonjour à toutes et à tous ! Pour ma toute première critique sur le blog des Trois Chats Pitres, j’ai décidé de frapper fort et de vous parler de ma lecture préférée de 2019 : Le Portrait de Dorian Gray, de l’écrivain irlandais Oscar Wilde.

Contrairement à ce que pourrait suggérer le titre, l’œuvre ne s’articule pas autour d’un seul, mais de trois personnages principaux, issus de la haute société anglaise du XIXème siècle : Basil Hallward, artiste peintre sensible, Lord Henry Wotton, aristocrate cynique et hédoniste et le jeune dandy Dorian Gray, dont la beauté des traits, la fraîcheur de la jeunesse et la candeur des idées n’ont de cesse de fasciner quiconque croise sa route. Ces trois hommes s’inspirent, s’admirent et s’influencent mutuellement (chacun selon ses propres raisons), jusqu’à former une sorte de « triangle amical » solide. Trio dans lequel le fameux portrait va devenir un personnage à part entière, y occupant une place centrale.


Fasciné par la beauté de Dorian, le peintre Basil réalise le portrait de celui-ci, véritable œuvre d’art qui va pourtant rapidement s’attirer la jalousie de son propre modèle, Dorian lui-même. Influencé par les paroles de Lord Henry, Dorian Gray réalise que sa beauté n’est qu’éphémère, et devient envieux de son portrait et désireux de rester toujours aussi jeune et beau que son double sur la toile.


Careful what you wish for”, comme on dit. C’est désormais le début d’une lente et insidieuse descente aux Enfers pour Dorian, habilement influencé et entraîné vers les vices les plus séduisants de Londres, qui conserve sa jeunesse et sa beauté malgré le temps qui s’écoule, tandis que son portrait porte un peu plus chaque jour les subtils stigmates de sa dépravation.

Le Portrait de Dorian Gray est l’une des œuvres majeures d’Oscar Wilde, si ce n’est la plus grande. C’est la première que je lis de cet auteur et j’admets avoir assez vite accroché avec son style. Wilde maîtrise l’art de l’aphorisme mieux que personne, et il me serait donc bien difficile de tirer une seule citation de cet ouvrage, quand chaque page en regorge ! La narration est fluide, la plume glisse toute seule et nous susurre langoureusement les mots les plus raffinés. Les personnages et les relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres ont du relief, sont riches et complexes.


Seule ombre au tableau, si je puis dire, c’est la surabondance de références artistiques qui peuvent sembler extrêmement pompeuses, lourdes et pas forcément accessibles ni parlantes… J’ajouterai également qu’un chapitre entier (et plutôt long) est uniquement dédié à de la description de parfums, d’instruments de musique, de bijoux, de tentures et autres objets luxueux. Cette longue énumération peut vite faire figure d’étalage (et même de "tartinage") de culture. Mais si on prend en considération le fait qu’Oscar Wilde soit le plus grand représentant de l’esthétisme britannique et que son roman soit l’illustration même de ce courant littéraire ainsi que de l’hédonisme, toute cette profusion de descriptions fait sens et trouve logiquement sa place dans cette œuvre.

En bref, dans cette histoire, Wilde nous entraîne en plein cœur de l’Angleterre victorienne, des salons dorés de la mondanité londonienne aux bas-fonds les plus sordides, où jeux d’influence et vanités mènent aux plus viles actions. Le changement subtil de Dorian Gray est superbement maîtrisé et Wilde fait croître l’horreur d’une main de maître, nous faisant plonger un peu plus à chaque page dans les tréfonds et la noirceur de l’âme humaine, pour un final magistral. Mais chut ! À vous de vous faire votre propre avis ! 😉


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