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  • Virginie

"Le Joueur d’Echecs" : une histoire sans limite de temps

Bonjour les chatons ! En ce dernier jour de semaine, je souhaite vous faire réfléchir à la manière de Stefan Zweig. Cet écrivain autrichien énigmatique a marqué la littérature du XXème siècle avec des œuvres troublantes mais incroyablement riches de détails historiques et psychologiques.


Imaginez la scène : vous êtes emprisonné.e dans une pièce sans fenêtre pendant des mois, vous n’avez aucun contact humain et votre seule occupation est un livre d’échecs. Cette expérience est relatée dans un livre, celui dont je vais vous parler aujourd’hui, « Le Joueur d’Echecs ». C’est le dernier récit que la plume de Stefan Zweig ait écrit alors qu’il était en plein exil au Brésil. L’œuvre sera publiée en 1943, un an après son suicide en 1942.

Je joue aux échecs depuis 20 ans, j’aurai l’occasion de vous parler d’autres œuvres qui ont mis le jeu d’échecs au cœur de leurs intrigues littéraires mais cette « Schachnovelle »

(« Nouvelle du Jeu d’Echecs » en français) est sans doute la plus marquante à mes yeux. L’histoire se passe sur un paquebot en partance de New-York, direction Buenos Aires. Il y a plusieurs passagers à bord mais deux personnages vont amorcer l’histoire, le champion du monde d’échecs Mirko Czentovic et Monsieur B. Sans le savoir, cet homme et personnage principal, qui n’était autre qu’un ancien aristocrate autrichien emprisonné pour avoir caché d’importantes sommes d’argent aux Nazis, va renouer avec ses démons, le jeu d’échecs.


Comment un jeu de réflexion peut-il briser la psychologie et la santé mentale d’un homme ? Stefan Zweig répond à cette question en écrivant l’histoire d’un homme cassé, meurtri psychologiquement. Jouer avec le champion du monde d’échecs va faire replonger Monsieur B. dans les mois d’isolement que le régime nazi lui a imposé. « J’avais complétement oublié qu’on peut jouer aux échecs devant un véritable échiquier, avec des pièces palpables, j’avais oublié que c’est un jeu où deux personnes tout à fait différentes s’installèrent en chair et en os l’une en face de l’autre. Et en vérité, que ces joueurs que je voyais là jouaient au même jeu que moi dans ma cellule pendant des mois, quand je m’acharnais désespérément contre moi-même ». Ce passage-là me fait encore et toujours frissonner. Rien qu’avec ce passage, le lecteur peut s’imaginer à quel point sa captivité a été dure dans cette antichambre de la mort avec, pour seule compagnie, un livre d’échecs et les 64 cases imaginaires du jeu.


Que vous jouiez aux échecs ou non, je ne peux que vous conseiller ce livre. Stefan Zweig est un des seuls écrivains qui se soit autant intéressé à la psychologie du jeu d’échecs. Il en a fait un parallèle douloureux avec les expérimentations d’isolement absolu utilisées pendant la guerre. L’écriture est très poignante, les phrases dures et lourdes de sens et tournées de telle manière que chaque lecteur peut en avoir sa propre interprétation. Les passages décrivant les réflexions extrêmes – dirons-nous – du personnage sont sans détour. Chaque mot utilisé prend la forme d’un coup d’échec et mat tellement la précision du mot est millimétrée, mais les émotions naviguent aussi vite que les aventures psychologiques sur le paquebot. Le seul bémol que j’accorderais au livre, c’est son accessibilité. A titre personnel, j’adore le style de Stefan Zweig mais le ticket d’entrée dans le livre est coûteux. Certaines phrases durent des lignes et des lignes, plongeant le lecteur, haletant, dans la folie du personnage. Il faut « s’accrocher » pour rentrer dans la tête de Monsieur B., mais après on dévore le livre !


Je veux quand même vous rassurer, toutes les joueuses et joueurs d’échecs ne sont pas enclins à la folie ! Nous avons juste une manière différente de réfléchir et percevoir le monde 😉


Au passage, si vous souhaitez en savoir plus sur cet écrivain de génie, je vous conseille la bande dessinée « Les derniers jours de Stefan Zweig » qui retrace avec brio la vie tourmentée de l’écrivain.


Bon dimanche !


Virginie

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