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  • Solène

"Frankenstein" : naît-on monstre ?

Dernière mise à jour : 31 oct. 2020

Naît-on monstre, ou le devient-on ? C’est la question sur laquelle j’aimerais que nous nous penchions ensemble aujourd’hui. En ce 31 octobre, jour d’Halloween, je vous propose donc de (re)découvrir un classique de la littérature anglaise, précurseur de la science-fiction et du genre horrifique : Frankenstein, de Mary Shelley, 19 ans à l’époque où l’idée a germé dans son esprit. Eh oui, la « mère » de cette histoire célébrissime est une femme ! 😊

Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur « Frankenstein » ! Cette œuvre, maintes et maintes fois adaptée, remaniée et revisitée par la littérature et surtout par le cinéma pour finalement s’ancrer dans la culture populaire telle que nous la connaissons aujourd’hui, est en réalité bien différente à la base.

Quand on entend le nom de « Frankenstein », on pense tout de suite à la créature amenée à la vie par un scientifique visionnaire. En réalité, Frankenstein n’est autre que le créateur lui-même. Et c’est lui que nous suivons tout au long du livre de Mary Shelley, livre qui porte son nom, vous l’aurez remarqué.

Le roman est divisé en plusieurs parties, mais pour une grande majorité de l’œuvre, notre narrateur est Victor Frankenstein, jeune savant suisse mu par un goût prononcé pour la découverte et une ambition scientifique sans égal.

Contrairement à ce qu’on peut voir dans les films ou d’autres œuvres traitant le sujet, la genèse du monstre et les méthodes de sa création ne sont pas au centre du livre. Le roman propose plutôt une réflexion philosophique sur l’expérimentation scientifique et sous-entend des questions d’ordre éthique et moral, comme par exemple : « Jusqu’où peut-on aller au nom de la science et de la découverte ? »

Le thème principal qui se dégage de cette œuvre est, à mon sens, la perception que nous avons de l’Autre, et comment nous réagissons face à ses différences. À travers les paroles de la créature, la nature humaine est remise en question face à un être non-humain et pourtant doté des mêmes sensations, sentiments et émotions qu’elle. Sa différence est systématiquement perçue comme négative et lui vaut d’être mis à l’écart et persécuté par les humains sans même que ceux-ci ne cherchent à le connaître.

Le monstre n’est alors pas forcément celui qu’on croit, et on s’aperçoit vite qu’être un Homme n’implique pas nécessairement d’être capable de faire preuve d’humanité. Cette thématique est pour moi très importante à souligner et fait très fortement écho à des situations parfois très graves de rejet et de discrimination un peu partout dans le monde encore à notre époque.

D’autre part, la suite des événements nous montre jusqu’à quelles terribles extrémités le désespoir, la solitude et l’injustice peuvent conduire la plus pure des âmes, sans cesse bafouée et reniée, pervertie par la haine environnante qu’elle suscite. On est dès lors légitimement en droit de se demander : « La société créé-t-elle les monstres qu’elle cherche justement à éviter ? »

J’ai vraiment adoré ce livre (déjà parce qu’une bonne partie de l’histoire se passe dans ma région 😊) : l’écriture est très fluide et on en oublierait presque qu’il a été publié en 1818 tant les thèmes abordés sont encore d’actualité. Vous l’aurez sans doute compris, ce n’est pas un roman d’horreur à proprement parlé que vous trouverez en ouvrant les pages de ce livre, mais un ouvrage empli de réflexions profondes sur nous autres humains et comment nous traitons nos semblables, sur notre rapport à la vie et à la mort, sur le dilemme moral que certaines situations peuvent présenter, sur nos choix, nos responsabilités, nos actes et leurs conséquences, etc. Bien sûr on pourrait encore trouver énormément de choses à dire sur cette œuvre, des choses que je n’ai pas forcément remarquées. Mais en tout cas voilà mon ressenti personnel.

En définitive, cette œuvre fut un véritable tournant dans l’histoire de la littérature à sa sortie, aujourd’hui devenue un classique dont tout le monde a entendu parler mais dont l’histoire originelle est bien trop souvent méconnue et qu’il est bon de (re)découvrir !

Sur ce, je vous souhaite un très joyeux Halloween les petits chats (-peaux de sorcière) !



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