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  • Solène

"Casino Royale" : James Bond contre Le Chiffre

Good evening kittens!


Aujourd'hui, on se retrouve pour la critique de Casino Royale, le tout premier roman qui donna naissance aux nombreuses aventures de James Bond, écrit par Ian Fleming en 1953.


Avec la sortie en ce début d'octobre (enfin !) du dernier film James Bond Mourir peut attendre avec Daniel Craig dans le rôle de 007 pour la dernière fois, j'ai eu envie de me lancer dans la lecture des romans qui ont donné naissance au célèbre agent secret anglais.


Je n’ai pas réussi à les trouver en français, et puis je me suis dit que ce serait une excellente idée de les lire en version originale anglaise ! Pour un peu plus d’authenticité, et parce que ça faisait très longtemps que je n’avais pas lu de livre en anglais.

Et puis la couverture des éditions Vintage UK est superbe ! Je la trouve magnifique : sobre, élégante mais tellement efficace.



Dans ce tout premier tome, nous faisons donc la connaissance de James Bond, agent secret anglais travaillant pour les services secrets britanniques. Cette mission va le mener en France, dans la ville (fictive) de Royale-les-Eaux, à la poursuite d’un agent du SMERSH (le contre-espionnage militaire soviétique), Le Chiffre. Ce dernier, également trésorier d’un parti communiste français basé en Alsace, a perdu l’argent confié par le SMERSH et tente de le récupérer au casino. Mais Bond, meilleur espion et surtout meilleur joueur des services secrets anglais, est sommé de l’empêcher de gagner et ainsi précipiter sa chute. C’est donc une partie de baccara sous haute tension qui attend notre James Bond…

La première chose qui m’a frappée dans ce roman, c’est qu’il n’y a pas d’introduction, pas de présentation du personnage de James Bond. Dès les premières lignes, on est déjà parachuté à ses côtés dans une salle de casino, sans savoir qui il est. De nos jours évidemment tout le monde connaît son nom, mais j’essayais de lire avec un regard neuf comme si je le découvrais pour la première fois. L’histoire démarre donc directement et ça m’a beaucoup plu car on est tout de suite plongé dans le milieu nocturne des casinos sans plus de cérémonie.

La deuxième chose qui m’a marquée, c’est le nombre impressionnant de mots en français dans la version originale. Sans doute est-ce parce que l’histoire se déroule en France ? En tout cas j’imagine que pour des anglophones cela doit sonner très chic et ancrer un peu plus le roman dans l’espace. Cependant, étant donné le nombre impressionnant d’expressions en français (au moins une par page), je suis bien contente d’être francophone et de ne pas avoir eu à chercher sans arrêt des mots dans le dictionnaire !

Continuons sur la lancée des choses qui m’ont beaucoup plu. Je parlais à l’instant du fait que le début du roman nous plongeait directement dans l’histoire. Dans ce sens, le style d’écriture de Ian Fleming est pour moi un gros point positif. Les descriptions que l’auteur fait sont très importantes et d’une grande précision. Avec seulement des mots, il arrive parfaitement à nous faire ressentir l’atmosphère d’une pièce, d’un lieu, etc. Chaque chose est importante et mérite d’être reconnue : quand un personnage conduit une voiture, ce n’est pas seulement une voiture, c’est une [marque] ; l’auteur ne dit pas qu’un personnage fume une simple cigarette, celui-ci fume une [marque] ; un personnage ne boit pas un vulgaire champagne, il boit du [marque] de telle année, etc. Il en va de même pour les plats et les tenues de soirée qui ont aussi droit à leurs descriptions minutieuses. Ce souci du détail contribue énormément à rendre la situation très facile à se représenter, très immersive, presque tangible. J’ai vraiment adoré cette manière de nous entraîner dans l’histoire.

Au-delà des descriptions, les dialogues sont bien travaillés, efficaces et straight to the point, comme on dit. Les chapitres sont courts, et ceci couplé à la fluidité de l’écriture de Ian Fleming, je me suis retrouvée à enchaîner les pages sans pouvoir décrocher.


À propos de descriptions, de détails et de souci de réalisme de la part de l’auteur, je dois vous préciser aussi que certains passages sont très techniques. Fleming explique les règles de jeux de casino, décrit précisément des parties, etc. Je l’admets, en lisant tout ceci en anglais, ça n’a pas toujours été facile pour moi de comprendre, mais je ne m'en suis pas formalisée plus que ça car ce n’est pas ce qui empêche la compréhension de l’histoire. L’auteur utilise aussi beaucoup de termes d’espionnage de l’époque (années 1940). Ce n’est pas une critique car cela rend ses histoires cohérentes et ancrées dans leur temps, mais cela nécessite aussi parfois une petite recherche si l’on n’est pas familier avec ce vocabulaire.



Mais rentrons un peu plus dans le côté humain du livre et abordons maintenant les personnages. Je n’ai pas trouvé Le Chiffre particulièrement menaçant ou marquant ; il m’a même paru banal. Je parlais juste avant de version anglaise ; est-ce justement pour cette raison que son personnage m’a laissée plutôt indifférente, parce que dans une langue étrangère les mots ont moins d’impact que dans notre langue maternelle ? Je pense surtout que c’est parce que j’ai été biaisée inconsciemment par le film Casino Royale de 2006 réalisé par Martin Campbell et où Bond est campé par Daniel Craig. Mads Mikkelsen y joue un Le Chiffre glaçant, alors je pense que j’avais gardé cette image en tête malgré moi.

Puisque l’on parle des personnages, attardons-nous un moment sur James Bond. Après tout c’est quand même le protagoniste principal ! Je pense que je ne surprendrai personne en disant cela, mais Bond a une vision de la femme très réductrice et son opinion sur la gente féminine (qu’il ne manque pas d’exprimer) fait grincer des dents. C’est un odieux personnage, macho, misogyne et qui ne se sert des femmes que pour son propre amusement, considérant qu’elles sont mieux à la maison et surtout en cuisine (je reprends des termes du livre). Mais bon, je ne vais pas m’étendre sur le sujet. Je ne sais pas si l’auteur l’a créé ainsi volontairement ou si c’est le reflet de la pensée personnelle de l’écrivain, quoiqu’il en soit cet aspect de la personnalité de Bond a grandement participé à la construction de son mythe d’agent secret mystérieux et volage à la réputation sulfureuse, qu’on le veuille ou non.


/!\ Attention zone de spoilers /!\


Pour finir sur un petit bémol avant de conclure, j’ai encore du mal à comprendre la romance entre James et Vesper qui pour moi est tombée comme un cheveu sur la soupe. J’aurais pu comprendre s’ils en étaient restés au stade d’amants, mais Bond veut demander Vesper en mariage plus ou moins un mois après l’avoir rencontrée, ce qui m’a semblé à l’opposé de la personnalité du personnage. D’autant plus que rien de réellement romantique ne transparaît entre eux. Pour moi, c’est plus une relation charnelle et passionnelle que de l’amour.

Pour le coup, j’ai trouvé que la fin du roman collait beaucoup mieux à l’image de leur relation, violente et passionnée, entre sexe, larmes et mort brutale, telle une tragédie. Et la toute dernière phrase du roman, prononcée par James, est magistrale. Seulement quatre mots, mais tellement forts… Je vous laisserai découvrir ceci par vous-mêmes ! :)



Pour terminer, je dois dire que j’ai été enchantée de découvrir les aventures de James Bond sous forme de roman ! Malgré sa personnalité froide, détachée et misogyne, je me suis attachée un peu à lui durant toute cette mission. Je tiens à préciser que le roman n’a rien à voir avec le film de 2006 (hormis un ou deux passages repris à l’écran), et que dans le livre, il ne se passe finalement pas grand-chose. Ne vous attendez pas à des débordements d’actions, de bagarres ou de fusillades rocambolesques ! L’histoire d’amour est un peu bizarrement orchestrée, mais malgré cela le tout est très intéressant et passionnant à lire, principalement grâce au style de Ian Fleming qui nous pousse irrésistiblement à poursuivre notre lecture. Il me tarde donc de retrouver James Bond dans ses autres aventures sur papier !



Vesper looked at him [Bond] thoughtfully. 'People are islands', she said. 'They don't really touch. However close they are, they're really quite seperate. Even if they've been married for fifty years'.


Solène

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